Comment employer au vu de dans un texte administratif ?

La locution au vu de fonctionne comme une préposition complexe qui introduit le motif factuel d’une décision. En rédaction administrative, elle porte la charge argumentative du considérant : elle rattache l’acte à ses éléments de fait ou de droit. Confondre cette locution avec « en vue de » ou l’écrire « au vue de » altère le sens juridique de la phrase et fragilise la motivation de l’acte.

Valeur syntaxique de « au vu de » dans la motivation administrative

« Au vu de » est une locution prépositive signifiant « compte tenu de ». Elle introduit un complément circonstanciel de cause ou de fondement. Le rédacteur l’emploie pour signaler au lecteur que la décision qui suit repose sur un élément constaté, produit ou versé au dossier.

Dans un arrêté, un courrier de notification ou un rapport d’instruction, « au vu de » apparaît dans les visas ou dans le corps du dispositif. Elle se distingue de « vu » employé seul en tête de phrase (les visas classiques des actes réglementaires) par le fait qu’elle s’insère dans une phrase complète, avec sujet et verbe conjugué.

Nous recommandons de réserver « au vu de » aux passages où l’on motive une appréciation à partir d’éléments concrets : pièces justificatives, résultats d’enquête, données chiffrées transmises par le demandeur. Pour un simple rappel de texte juridique, le visa « Vu la loi du… » reste la forme canonique.

Orthographe de « au vu de » : pourquoi le « e » est une faute

Homme travaillant sur des documents administratifs dans un espace de coworking moderne, entouré de classeurs et d'un ordinateur portable

La graphie « au vue de » n’existe pas en français. Le mot « vu » dans cette locution est un participe passé substantivé masculin. L’article contracté « au » (à + le) confirme ce genre masculin.

Ajouter un « e » revient à traiter « vu » comme le nom féminin « vue » (la vue, les vues), ce qui produit une incohérence grammaticale. La forme « à la vue de » est correcte, mais « au vue de » ne l’est pas.

La confusion provient souvent de la proximité phonétique avec « en vue de », où « vue » est bien féminin. Les deux locutions coexistent dans le vocabulaire administratif, mais elles n’ont ni le même sens ni la même construction.

Cas où « vu » reste invariable

En rédaction administrative, « vu » est invariable dans plusieurs configurations :

  • En tête de phrase, dans les visas d’un acte (arrêté, délibération) : « Vu la délibération du conseil municipal… ». Le participe passé joue ici le rôle d’une préposition et ne s’accorde pas.
  • Dans la locution « au vu de » : le substantif masculin ne prend jamais de « e », quel que soit le genre du complément qui suit (« au vu de la situation », « au vu des résultats »).
  • Dans « au vu et au su de » : même logique, « su » reste invariable. Cette formule signifie « à la connaissance de » et relève davantage du registre courant que du registre strictement administratif.

Distinction entre « au vu de » et « en vue de » en rédaction officielle

La première locution renvoie à un constat, la seconde à une finalité. « Au vu de » regarde en arrière, « en vue de » regarde en avant. Cette opposition est structurante dans la rédaction des actes publics.

Un exemple concret : « Au vu des pièces transmises, la demande est recevable » motive une décision par des éléments déjà examinés. « En vue de compléter le dossier, le demandeur est invité à produire un justificatif » oriente vers une action future.

Employer l’une à la place de l’autre dans un acte administratif modifie la portée de la phrase. Un visa « en vue des résultats de l’enquête » suggère que l’enquête n’a pas encore eu lieu, alors que le rédacteur voulait fonder sa décision sur des résultats déjà connus. Ce type d’erreur peut fragiliser la motivation d’un acte en cas de contentieux.

Choix de la locution selon la position dans l’acte

Nous observons que « au vu de » se place naturellement dans les considérants ou dans le premier alinéa du dispositif, là où l’on justifie. « En vue de » trouve sa place dans les articles prescriptifs ou dans les courriers d’instruction, quand l’administration fixe un objectif ou demande une action.

La substitution par des synonymes aide à vérifier le choix :

  • Si « compte tenu de » ou « étant donné » fonctionne, c’est « au vu de » qu’il faut écrire.
  • Si « dans le but de » ou « afin de » fonctionne, c’est « en vue de ».
  • Si « à la connaissance de tous » correspond au sens voulu, la formule appropriée est « au vu et au su de ».

Vue en plongée d'un courrier administratif officiel annoté à la main avec un stylo plume, dictionnaire juridique et tampon officiel sur bureau en chêne

Formulations alternatives pour varier la rédaction administrative

Répéter « au vu de » dans chaque considérant alourdit le texte. Le rédacteur dispose de plusieurs équivalents directs : « eu égard à », « compte tenu de », « considérant que », « étant donné ». Chacun s’insère dans une construction syntaxique légèrement différente.

« Considérant que » ouvre une proposition subordonnée et convient aux motivations développées sur plusieurs lignes. « Eu égard à » s’utilise quand le motif relève d’une appréciation plus que d’un simple constat factuel (« eu égard à la situation particulière du demandeur »).

« Compte tenu de » est le synonyme le plus neutre et le plus interchangeable avec « au vu de ». Il fonctionne dans la quasi-totalité des contextes administratifs sans modifier la portée juridique de la phrase.

L’alternance entre ces formulations améliore la lisibilité d’un acte long, sans en altérer la rigueur. Le choix entre elles dépend du registre et du degré de formalisme attendu par l’institution émettrice.

Dernier point à garder en tête : quelle que soit la locution retenue, la motivation doit toujours préciser les éléments de fait ou de droit sur lesquels elle repose. Une formule correctement orthographiée mais suivie d’un motif vague reste une motivation insuffisante au regard des exigences du droit administratif.

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